Affiche de protection placée par les Allemands sur les dépôts d’œuvres d’art pendant la guerre (photocopie)

Affiche de protection placée par les Allemands sur les dépôts d’œuvres d’art pendant la guerre (photocopie), anonyme, 1940, papier imprimé, Paris, Ministère des Affaires Etrangères, © Ministère des Affaires Etrangères. 

Rose Valland ne se contente pas de ficher ce que pille l'Occupant, ce qui est déjà beaucoup. Rappelons que les bâtiments du Louvre et du Jeu de Paume sont placés sous la protection militaire des Allemands comme le suggère l'affiche ci-contre, cela signifie que l'accès y est strictement impossible et que le secret le plus total doit régner sur tout ce qui s'y passe. Un jour que Rose Valland est surprise à déchiffrer une adresse, le docteur Lohse lui rappelle que tout est secret et qu'il y aurait des risques sérieux à parler de ce qui se passe dans la maison : « en me regardant dans les yeux il me dit que je pourrais être fusillée. » (8 février 1944 - extrait d'une note de Rose Valland conservée aux Archives des Musées Nationaux - cote MR 32).

Elle profite également de sa position stratégique pour avertir son directeur (et supérieur aussi dans la Résistance), Jacques Jaujard, de toutes les allées et venues des dignitaires nazis.

Elle rédige des centaines de notes.

« Monsieur le Directeur, J'ai l'honneur de vous faire savoir que le Maréchal Goering est venu le… au Jeu de Paume et il est reparti… heures après. »

On mesure mieux l'audace de Rose Valland, en lisant les rapports de Goering témoignant d'un dispositif sans faille.

Un fichage périlleux

Par quatre fois Rose Valland est priée par l'Occupant de quitter le Jeu de Paume :

« Les Allemands ne me prirent qu'une fois en flagrant délit, en train de déchiffrer des adresses […].
De plus en plus cependant ils me considéraient comme un témoin gênant, à supprimer avant la fin des hostilités, avait décidé Von Behr. Je devais être emmenée en Allemagne et liquidée la frontière passée… »

« Il fut demandé au personnel français de signer une attestation par laquelle il s'engageait sous serment à ne jamais dévoiler ni pendant ni après la guerre, ce qu'il avait vu au Jeu de Paume. Je refusai ».

(Rose Valland, Sur le front de l'art, op. cit., pp. 83-84).

Goering choisissant des tableaux

Goering choisissant des tableaux, anonyme, 1940, photographie noir et blanc, Saint Etienne de Saint Geoirs, Association 'La Mémoire de Rose Valland', © Association 'La Mémoire de Rose Valland'.

« Tout ce que je voyais et entendais finissait par constituer dans le fichier de ma mémoire et de mes notes, une importante réserve, d'après laquelle je m'efforçais de connaître autant que possible les opérations et projets de l'ERR. Tout était à surveiller et à retenir car on ne sait jamais sur le moment le détail qui comptera plus tard… ».

(Rose Valland, Sur le front de l'art, op. cit., p.79.)

Rapport de Goering, 1er mai 1941

« 1er mai 1941
La lutte contre les juifs, francs-maçons, leurs alliés et autres puissances spirituelles apparentées, constitue pour le national socialisme une tâche urgente à accomplir pendant la guerre. C'est pourquoi j'ai approuvé la décision du Reichsleiter Rosenberg de créer des états-majors spéciaux dans tous les territoires occupés. La mission de ces états-majors est de s'emparer de tous les matériaux d'études et de biens culturels appartenant aux milieux ci-dessous nommés, et de les transporter en Allemagne. Par conséquent, j'ordonne à tous les services du Parti, de l'Etat et de l'armée d'aider et d'appuyer de toute manière imaginable […] de son remplaçant, le colonel de la croix rouge allemande, camarade de parti Von Behr, et de leur faciliter ainsi l'accomplissement de leur tâche. J'ordonne en même temps aux derniers nommés de me rendre compte de leur travail et surtout des difficultés rencontrées ».

Cité dans Rose Valland, Sur le front de l'Art, op. cit., document 8, p. 240-241.