Thérèse dans le rôle de Jeanne d’Arc prisonnière à Rouen

Thérèse dans le rôle de Jeanne d’Arc prisonnière à Rouen, Céline Martin (Soeur Geneviève), 1895, photographie noir et blanc, Lisieux, Office Central, © Office Central de Lisieux. 

L'importance de Jeanne d'Arc dans l'imaginaire religieux et patriotique français devient tel à la fin du XIXe siècle que l'héroïne est commémorée en de nombreuses occasions : défilés urbains, fêtes de patronages et de couvents, tableaux vivants sur cartes postales, etc.

Fait nouveau, c'est une jeune femme et non plus un adolescent qui tient le rôle dans ces spectacles, y compris à Orléans le 8 mai à partir de 1912.

La mémoire de ces événements est désormais durablement conservée grâce à  un art photographique apte à produire, à faible coût, des images johanniques d'un nouveau style.

Les sœurs Martin et notamment leur benjamine, la future sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897) sont tout à fait modernes quand elles expriment leur dévotion à Jeanne d'Arc et écrivent, jouent et photographient son épopée dans le cadre de leur couvent à Lisieux. En fixant plus particulièrement les traits de Thérèse en victime pudique et doloriste, elles promeuvent le culte johannique, alors en plein essor, et une nouvelle façon de rêver et d'incarner la sainteté (cf.).

Les fêtes du Ve centenaire de Jeanne d’Arc à Poitiers

Fêtes du Ve centenaire de Jeanne d’Arc à Poitiers

Fêtes du Ve centenaire de Jeanne d’Arc à Poitiers, J.v. d. Bergh, 1929, affiche, Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand, © Médiathèque François-Mitterrand, Poitiers, cliche O. Neuille.

De grands cortèges marquent les festivités du 500e anniversaire de la chevauchée de Jeanne un peu partout en France et s’accompagnent souvent de la mise en place de monuments et de plaques commémoratives. Tous s’inspirent de commémorations antérieures célébrées ici et là : annuelles à Orléans dès 1430, épisodiques à Compiègne depuis 1909, irrégulières ailleurs (Poitiers les 25-27 juin 1920), etc. Parce que le personnage de Jeanne d’Arc est revendiqué cpar la droite et par la gauche l’organisation de ces fêtes, prises en charge par les municipalités, les églises et les sociétés historiques locales, donne lieu à des débats souvent houleux, y compris à propos de la personnification de Jeanne. Est-ce un homme ou une femme qui doit tenir le rôle principal ?

A Poitiers, c’est une demoiselle Éléonore Retailliau qui fut jugée apte, semble-t-il, à représenter l’héroïne en 1920 comme en 1929, et cela sans doute pour ses qualités de cavalière et pour ses cheveux courts coupés à la garçonne. Une autre femme, mademoiselle Baillargeau, montée à califourchon sur un cheval, représente d’ailleurs le maire de 1429, Jean Larcher. Il y a là la preuve d’un changement généréralisé des mœurs qui autorise désormais en public le travestissement masculin pour les femmes. Il faut noter qu’à Orléans, pour des raisons de bienséance, c’est un garçonnet, vêtu d’un costume masculin Henri III et surnommé « le Puceau », qui représenta la Pucelle à cheval jusqu’en 1911.

Les festivités poitevines, étalées sur deux jours en 1929, eurent une portée nationale, grâce à la présence de membres (subalternes) du gouvernement et de nombreuses autorités locales. La manifestation, civile et religieuse (défilés de 250 figurants à pied, à cheval et sur des chars, joutes, « mystère lyrique », concerts, services religieux au temple et à la cathédrale, inauguration de la statue de l’artiste monarchiste Real del Sarte et d’une plaque, discours politiques ou didactiques, banquets), fut abondamment et précisément photographiée par un artiste local, inconnu jusqu’à ce jour, attentif aux façades pavoisées comme à la qualité des costumes historiques et à l’ampleur de la foule amassée sur un très long parcours.

Tableaux vivants sur cartes postales

Ces femmes de mélodrame, figées dans des postures héroïques, satisfaisaient un public diversifié qui collectionnait avec fureur les cartes postales pour leur contenu pittoresque et vaguement érotique : une femme travestie en homme ! A noter que l’espace restreint qui figure au verso de l’image permettait de brefs échanges épistolaires, généralement sans rapport avec le sujet. Ces textes manuscrits et les marques d’affranchissement qui les accompagnent sont aujourd’hui les seuls indices d’usages sociaux, encore mal connus.