L’Equipe allemande effectuant le salut nazi, coupe du monde de football organisé en France

L’Equipe allemande effectuant le salut nazi, coupe du monde de football organisé en France, anonyme, 1938, photographie noir et blanc, collection F.F.F., © F.F.F.. 

Bras tendu, les joueurs de la Mannschaft s'apprêtent à faire une démonstration de la force et de la virilité de "l'Homme nouveau" forgé par l'idéologie nazie.

Le football sied aux régimes totalitaires et autoritaires qui y voient l'occasion de faire la preuve de leur supposée supériorité sur les « démocraties décadentes ». Cette dimension politique du football fut renforcée par la création de la coupe du monde de la Fédération internationale de football en 1930. Par sa popularité, le ballon rond s'affirmait, plus qu'aucun autre sport, comme un vecteur moderne des identités nationales.

Dans ce contexte, le joueur de football devient un héros des temps modernes. Il concentre les principales vertus de l'homme « viril » : courage et opiniâtreté. Cette image est renforcée par le fait que le joueur professionnel atteint le statut de vedette : s'affichant dans des campagnes publicitaires, il apparaît volontiers comme un séducteur et une nouvelle icône de la masculinité.

L'importance politique prise par le football dans les sociétés européennes au cours des années 1930 contraignit les joueuses à entrer dans la clandestinité sportive. Bien que les femmes aient toujours joué au football, les instances fédérales attendirent la décennie 1970 pour reconnaître la pratique. 

L’équipe italienne effectuant le salut fasciste lors de la Coupe du monde football

L’équipe italienne effectuant le salut fasciste lors de la Coupe du monde football , anonyme, 1934, photographie noir et blanc, collection F.F.F., © F.F.F..

Le football comme résistance idéologique

Il faut cependant nuancer cette considération. Contrairement à une idée largement répandue, les régimes totalitaires et autoritaires ont été réticents à instrumentaliser le ballon rond et ses potentialités. Le footballeur n’incarnait pas, à l’origine, cet « Homme nouveau » susceptible de régénérer la « race ». C’est la popularité toujours croissante de ce sport qui poussa ce type de régime à le récupérer et à l’utiliser à des fins idéologiques.

Le rugby, sport violent par excellence et qui, selon les discours, était plus à même de développer les qualités masculines, était bien plus apprécié par les dignitaires fascistes et nazis.

Cette résistance idéologique du football s’affirma un peu partout dans l’Europe hitlérienne : le régime de Vichy, par exemple, stigmatisait le ballon rond. Le joueur professionnel y était considéré comme un sportif raté, décadent et immoral, recherchant uniquement dans son activité la facilité des gains. Son métier était incompatible avec l’ordre moral imaginé par le nouveau régime, qui cherchait à faire renaître un « Homme nouveau » par une pratique sportive « chevaleresque et désintéressée ».

Le football féminin aujourd’hui

Les différentes fédérations nationales européennes ont progressivement reconnu le football féminin en 1970 et 1980. Selon les statistiques de la Fédération Internationale de football (FIFA) publiées en 2000, les femmes représenteraient, en Europe, un peu plus de 5 % du total des licencié-e-s.

La pratique a effectué des progrès substantiels au cours des quinze dernières années : outre la mise en place de grandes compétions nationales et internationales, comme la Coupe du monde féminine disputée pour la première fois en 1991, le football féminin est reconnu comme discipline olympique depuis les Jeux d'Atlanta de 1996. De plus, des politiques de développement ont été mises en place, sous l'égide de la Fédération internationale de football : formation de dirigeantes, d'entraîneuses, d'arbitres et volonté de diffuser la pratique parmi les plus jeunes.

Malgré ces changements notables, le football demeure un domaine essentiellement masculin. D'abord, les femmes peinent à investir les instances décisionnelles au sein des différentes fédérations. Elles souffrent aussi du trop faible intérêt des médias et du sponsoring. Surtout, les représentations traditionnelles des sexes demeurent vivaces.

Le dernier championnat d'Europe des Nations disputé au Portugal en 2004 en fut la parfaite illustration : alors que les joueurs français s'en allaient défendre les couleurs de la Nation, leurs épouses s'affichaient dans des campagnes publicitaires pour venter les mérites d'une célèbre marque de produits électroménagers…