Affiche d’un cycle de conférences au Planning familial (1969),

Fig. 1 :  Affiche d’un cycle de conférences au Planning familial (1969), 29,5x40 cm, fonds Suzanne Képès (19 AF 112), Centre des archives du féminisme. 

Revue Sexologie informations n° 20 du 6 décembre 1975,

Fig. 2 : Revue Sexologie informations n° 20 du 6 décembre 1975, 30,5x25,5 cm, fonds Suzanne Képès (19 AF 77), Centre des archives du féminisme.

Changer le discours médical sur les femmes et la sexualité

Alors que la bataille de l'avortement fait rage au début des années 1970, Le corps médical s'intéresse à des thématiques plus larges. En effet, la sexualité et ses difficultés deviennent progressivement un nouveau champ d'expertise médicale (Fig. 1), comme en témoigne la publication en 1972 du Rapport sur le comportement sexuel des français, dit « Rapport Simon ». La sexologie (Fig. 2) devient un nouvel objet d'étude. Suzanne Képès, médecin anciennement engagée au MFPF, en est une des pionnières. Les problèmes sexuels, auparavant sujets de honte et de secret, sont évoqués plus librement (Fig. 3) et les associations féministes s’emparent à leur tour de cette question (Fig. 4). Les mouvements féministes, comme le Mouvement de libération des femmes (MLF), revendiquent une libération de la sexualité et du plaisir féminins. Le discours médical sur les questions de la sexualité semble évoluer vers plus d'interdisciplinarité. Son évolution, à propos des femmes et de la sexualité passe aussi par une remise en question de la formation universitaire des médecins, dans laquelle ces questions ne sont pas abordées.

Article de Suzanne Képès (1967)

Fig. 3 : Article de Suzanne Képès (1967), 21 X27 cm, fonds Suzanne Képès (19 AF 21), Centre des archives du féminisme.

Article sur la sexologie extrait du bulletin du centre de planning familial autonome de Toulouse (1976)

Fig. 4 : Article sur la sexologie extrait du bulletin du centre de planning familial autonome de Toulouse (1976), 21x29,5 cm, fonds du MFPF (60 AF), Centre des archives du féminisme.

L'éducation sexuelle, une affaire de médecins ?

L'éducation sexuelle devient progressivement un enjeu de société dans les années 1970. En effet, et malgré les avancées en matière de contraception, de nombreux médecins constatent que l'ignorance perdure à tous les âges et dans toutes les classes de la société. Le MFPF, à l’aide du collège des médecins, se lance dans une réflexion sur la mise en place de l'éducation sexuelle et de ses modalités, notamment auprès des jeunes. L’action du MFPF en la matière prend aussi une dimension internationale avec la diffusion d’ouvrages et de brochures d’éducation sexuelle, notamment en Afrique.

Photographie de Pierre Simon et sa secrétaire, vers 1970

Fig. 5 : Photographie de Pierre Simon et sa secrétaire, Daniel Gremi (vers 1970), collection personnelle Pierre Simon.

Pierre Simon (1925-2008)

Pierre Simon est issu d’une famille juive alsacienne. Sous l’Occupation, il se cache à Lyon et entreprend des études de médecine à la Libération. Il s’engage pour de nombreuses causes humanistes et politiques. Un voyage en URSS lui fait découvrir l’accouchement sans douleur, qu’il tente d’importer en France malgré les positions conservatrices de l’Ordre des médecins. Il se rapproche de Maternité heureuse dès sa création et préside le collège des médecins entre 1964 et 1969. Ses réseaux, notamment dans la franc-maçonnerie, lui permettent d’appuyer la libéralisation de la contraception. Pierre Simon devient alors une figure d’expert sur les questions de sexualité et de droits reproductifs, notamment à travers le Rapport sur la sexualité des Français publié en 1972.

Photographie de Suzanne Képès

Fig. 6 : Photographie de Suzanne Képès, photographe inconnu (s.d.), collection personnelle Suzanne Képès.

Suzanne Képès (1918-2005)

Originaire d’une famille de Juifs lituaniens immigrés à Paris, Suzanne Képès s’engage très tôt pour le féminisme en organisant des conférences dans son lycée. Pendant ses études de médecine, elle est forcée de se réfugier en Zone Sud. Une partie de sa famille est déportée. Dans sa jeunesse, elle vit un avortement, qu’elle raconte dans ses mémoires. Elle passe son diplôme de médecin du travail en 1945et exerce comme médecin dans une usine d’aéronautique. Elle prend conscience de la misère psychologique, affective et sexuelle qui règne dans les milieux ouvriers marqués par les avortements clandestins. Elle rejoint le Planning familial dès sa création et s’occupe de la formation des médecins et des conseillères. Elle s’éloigne de l’association dans les années 1970 en raison de désaccords concernant l’avortement. Toute sa carrière est marquée par un fort intérêt pour la sexologie et la psychologie. Elle s’est beaucoup investie dans la formation des étudiants en médecine en tentant de construire des ponts entre les disciplines.